Le 14 janvier 2007, j'étais Porte de Versailles pour écouter le discours de campagne de Nicolas Sarkozy. Un discours vibrant et construit qui lança le candidat de l'UMP dans sa course vers la victoire. Etant désoeuvré - et toujours passionné de politique - j'ai regardé l'intégralité du discours de François Hollande au Bourget. Sur la forme, c'était le même discours:
- même type de décors très "institutionnel"
- même ton martial
- mêmes références à l'histoire de la République
- là où Sarkozy citait Jaurès, Hollande cite De Gaulle,
- là où Sarkozy vantait le travail pour flatter l'oreil des militants de droite, Hollande vante "l'égalité" et attaque la "finance",
- surtout, même prédominance du "je" dans le discours: je ne suis pas comme les autres, j'ai la volonté, je suis prêt aux sacrifices...
Mais sur le fond? Comme Sarkozy en 2007, il n'y a pas grand chose. Quelques mesures ponctuelles sont évoquées mais cela ne fait pas une politique. Pour le reste tout est suggéré mais jamais dit, de sorte que chacun entende ce qu'il veut entendre.
Hollande a indéniablement réussi un coup politique. Avec son discours, il a remobilisé ses troupes et c'est essentiel avant d'affronter ce genre d'épreuve. Le Sarkozy de 2012 serait-il capable de faire se déplacer 10.000 personnes pour un meeting? Je crois qu'il arriverait à peine à en déplacer 3.000, et encore, en faisant venir des car entiers des quatre coins de la France. Hollande a donc marqué des points sur son principal rival actuel.
Il n'en reste pas moins qu'il l'a fait en adoptant la démagogie qui nous a conduit là où nous en sommes. En plaidant la rigueur (il n'a plus le choix) tout en évoquant des mesures bien coûteuses quand on y regarde de plus près, mais aussi en accusant la "finance" et "l'argent". En désignant ainsi la finance comme la source de tous les problèmes, le candidat Hollande ne tient pas un discours de vérité. Il y a certes des problèmes avec la finance et des choses à réformer.
Mais le coeur du problème n'est pas là.
Le coeur du problème est la nécessité de réinventer notre modèle social avant qu'il ne sombre totalement. Et cela passe par une réforme profonde du fonctionnement de notre société et de la solidarité nationale. Concrètement, cela signifie que nous détenons la clé du problème, pas un hypothétique "ennemi de l'extérieur".
Alors réformer la finance, pourquoi pas. Sûrement même. Mais quand on regarde un peu les rouages du capitalisme français et quand on voit qui est l'auteur des propos, ce type de discours fait doucement rigoler.
La réalité est que le système est verrouillé (et donc "gouverné") par les grands corps de fonctionnaires dont une trop grande partie ignore allègrement les règles d'éthique et de conflits d'intérêts. Ce mélange des genres est d'ailleurs parfaitement dénoncé par les journalistes Sophie Coignard et Raphaël Gubert dans L'Oligarchie des Incapables. Monsieur Hollande impartient à cet "caste", lui qui est issu de l'ENA. Il est d'ailleurs cité dans ce livre d'enquête au sujet du rôle peu glorieux qu'il a joué dans le scandale du CREF (Complément de Retraite des Fonctionnaires). Il a son propre bataillon de hauts fonctionnaires qui piaffent aujourd'hui dans les couloirs du Conseil d'Etat ou autres administrations en attendant de pouvoir prendre leur part du gateau. Pourtant ils ne sont pas élus. Pourtant ils ne se présenteront pas. Pourtant ils ont le pouvoir... Triste ironie du discours de François Hollande.
Mais il n'y aura pas un journaliste pour le relever.
Le discours de François Hollande est dans la droite ligne du discours de Nicolas Sarkozy du 14 janvier 2007. Les français se laisseront-ils berner de la même manière?
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