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Vendredi 13 novembre 2009

A écouter les Fitoussi (économiste de l'OFCE, organisation très marquée à gauche) ou les Guaino, l'ampleur du déficit (plus de 100 milliards) et de la dette (1500 milliards) ne devraient pas nous empêcher d'investir et de nous endetter davantage. C'est ainsi que l'incroyable M. Guaino a poussé/inspiré une soixantaine de députés à signer une tribune appelant à un grand emprunt de 100 milliards. Rien que ça!

Seulement, quelques jours après cet appel, le gouvernement s'est empressé de préciser que les projets de grand emprunt tourneraient plutôt autour des 30 milliards, Mme Lagarde évoquant même la possibilité d'y affecter 13 milliards pris sur un autre plan. Il semble en effet que l'agence France Trésor (qui se charge d'emprunter l'argent de l'Etat sur les marchés) ait alerté l'attention du gouvernement sur le risque d'une dégradation de la notation financière de la France si ce genre de rumeur persistait. Une dégradation serait très néfaste parce ce qu'elle augmenterait les taux auxquels la France emprunte.

On ne pouvait imaginer meilleur démenti à MM. Fitoussi, Guaino et consorts et leurs théorie fumeuses qui nous mènent dans le mur. Le problème est que de telles personnes ont l'écoute du président Sarkozy. Est-ce que cela explique l'inertie face à nos graves déficits publics?

Il est vrai que seuls 6% du budget de la France sont actuellement consacrés à l'investissement et que c'est trop peu. Mais avant d'alourdir la charge de la dette, il faudrait engager le débat de l'efficacité de la dépense publique. Des choses ont été faites mais tellement mineures par rapport aux enjeux.

Il est plus que jamais urgent d'agir.

Si le public a l'impression que la crise s'estompe, il ne se rend pas compte que l'incendie a été éteint par une injection massive de liquidités et en particulier de dollars. Cette dérive dans la création monétaire est actuellement atténuée par le jeu des pays exportateurs comme la Chine qui cherche à maintenir leur parité avec le billet vert mais il risque bien d'y avoir un moment où la pression sera trop forte et la digue cèdera. Et alors là, bien malin celui qui sait ce qui se passera pour l'économie mondiale.

Nous entrons dans une terre économique inconnue et il est mieux de ne pas le faire en situation de faiblesse comme c'est le cas de la France avec ses déficits structurels chroniques. Est-il encore temps de faire quelque chose? peut-être plus mais n'aggravons pas la situation.

- Publié dans : Economie - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Mardi 20 octobre 2009

Ce matin sur BFM radio, j’entendais la voix mielleuse de Xavier Bertrand, le président de l’UMP, nous vanter les mérites du grand emprunt sur lequel son parti tient aujourd’hui une convention. Le journaliste lui faisait très justement remarquer qu’il ne semblait pas opportun d’aggraver l’endettement de l’Etat compte-tenu de la situation de nos finances publiques et le déficit annoncé à plus de 8% du PIB. La réponse de Bertrand m’a sidéré : en substance il disait, c’est la crise et tous les autres pays ont des problèmes de finances publiques. Selon moi, ce serait précisément la raison pour laquelle il faudrait être doublement vigilant sur l’endettement : si tout le monde s’endette en même temps, on risque de se trouver face à une saturation des marchés de dette publique. Or, la France a hélas un besoin vital d’endettement car nous sommes en déficit chronique et, en raison du rôle central de l’Etat dans notre économie, si celui-ci n’est pas financé, nous risquons la paralysie générale.

 

Mais le plus tristement ironique dans le propos du très lisse M. Bertrand, c’est lorsqu’il annonce que l’objet de la Convention de l’UMP de ce jour est de réfléchir sur l’utilisation de ce grand emprunt.

 

C’est un peu comme si j’allais voir mon banquier et que je souscrivais un prêt et, une fois revenu à la maison, je m’asseyais et je me disais : bon, à quoi vais-je utiliser tout cet argent. C’est absolument grotesque.

 

Ce qu’il faut craindre par-dessus tout avec un animal politique comme Sarkozy c’est que le pactole soit gaspillé sur des effets d’annonce porteurs médiatiquement mais d’une utilité douteuse pour le pays. Rappelons-nous : ce qui compte, c’est de faire 50.1% au deuxième tour en 2012.

 

Je remets donc sur la table mon ancienne proposition : comptabiliser les intérêts du grand emprunt dans les dépenses de campagne du candidat Sarkozy pour la prochaine élection présidentielle.

 

- Publié dans : Economie - Communauté : Politique française
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Vendredi 9 octobre 2009
Nous arrivons à la mi-mandat du président Sarkozy et le journal Le Monde titrait hier "A mi-mandat, la méthode de Nicolas Sarkozy s'essouffle". C'est déjà faire beaucoup de crédit à cette méthode que de dire qu'elle "s'essouffle". Ainsi que le montraient les travaux scientifiques des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg in "Les réformes ratées du Président Sarkozy", derrières la communication, les premières mesures économiques de Nicolas Sarkozy sont loin d'atteindre les effets que l'on nous a vendus.

La crise a quelque peu gommé cette réalité et permis au Président de lancer des discours accusateurs sur la finance pour redorer sa cote (comme il lançait des discours accusateurs hier sur la "racaille"), mais les effets de sa politique économique se font sentir et remontent à la surface.

Le laxisme budgétaire (qui ne date pas de Sarkozy mais qu'il n'a certainement pas abandonné) est particulièrement préoccupant, notre dette publique atteignant des proportions inédites. Il semblerait sur ce sujet que tout le monde pense que les Etats sont "too big to fail" comme on le pensait des grandes banques d'affaires avant Lehman. En réalité nous sommes en pleine terra incognita économique. Pour amortir les effets de la crise, les banquiers centraux ont joué la fuite en avant en distribuant de l'argent à taux quasi nul alimentant une nouvelle vague de spéculation et laissant présager de chocs très importants sur les marchés monétaires dont nous ne ressortirons pas indemnes. Et pendant ce temps? Sarkozy (et son porte-plume Guaino) nous parlent de l'épiphénomène des bonus des traders. Consternant!

Au final que reste-t-il des réformes de Sarkozy?

- Les heures supplémentaires? une usine à gaz qui coûte horriblement cher aux budgets sociaux.

- Les régimes spéciaux? les français ne se sont pas aperçu que la réforme avait coûté plus cher que ce qui était payé avant.

- la TVA à 5.5% sur la restauration? effets quasi nuls sur l'emploi et très coûteux pour le budget de l'Etat.

- le RSA? excellente mesure a priori mais qui n'a fait qu'ajouter une strate au complexe mille-feuille des aides sociales sans chercher à rationaliser le système.

- le sauvetage de Gandrange? Ah bon?! aux dernières nouvelles, le site ferme.

- la suppression de la pub sur France Télévision? Merci pour le contribuable qui va régler la note.

- le pouvoir d'achat? la réforme sur l'implantation des grandes surfaces qui aurait pu avoir des effets très significatifs a été enterrée par les parlementaires.

- la suppression de la taxe professionnelle? Attendons de voir comment elle sera mise en oeuvre mais laréforme en l'état semble être une
fausse-bonne idée.

- le bouclier fiscal? Seule réforme durable du Président Sarkozy, le rabaissement du plafond du bouclier fiscal intervient à un moment de difficultés budgétaires et les modalités de son calcul sont très inégalitaires.

- le rapport Attali? enterré.

- la taxe carbonne? no comment.

- la lutte contre la délinquance? les atteintes aux personnes (ce que je considère personnellement comme les infractions les plus graves) sont en hausse.

- la énième loi sur la récidive? no comment...

N'importe quel homme politique avec un tel bilan aurait du souci à se faire pour sa réélection. Pourtant, Sarkozy semble encore échapper au retournement de l'opinion. A quoi cela tient-il?

- d'abord à Sarkozy lui même et son incroyable talent de communication. Il n'a pas son pareil pour émouvoir les foules et jouer sur les émotions (haine des délinquants, jalousie des traders, etc.) avec une incontestable adresse.

- ensuite à l'indigence de ses adversaires au premier rangs desquels le parti socialiste. Ce dernier est en grande difficulté notamment sur le plan idéologique notamment parce ce que la France est un peu arrivé au terme du modèle de société qu'il propose et que, manifestement, ça ne marche pas.

- enfin aux médias dont la profondeur de l'analyse économique est souvent proche de zéro, préférant consacrer leurs colonnes à des débats fumeux ou superficiels.

Pourtant, je ne crois pas que Sarkozy est à l'abri de la défaite en 2012.

En premier lieu, s'agissant de ses adversaire, l'élection présidentielle est d'abord l'élection d'un homme ou d'une femme. La déconfiture morale du parti socialiste peut paradoxalement permettre à un candidat d'émerger en marge du parti. Les campagnes récentes en France ou aux Etats-Unis ont montré la puissance des groupes de soutiens sortant du cadre des partis.

Sarkozy pourrait tout à fait se trouver confronté à un Dominique Strauss Kahn, auréolé de son expérience à la tête du FMI. Le cas de Ségolène Royal est plus complexe car elle a maintenant un certain passif dans l'opinion; mais si elle manoeuvre habilement, rien n'est exclu. Bayrou, on n'y croit plus vraiment. Il s'est un peu grillé tout seul et il lui faudra partir de loin pour remonter la pente.

Et à droite? C'est un peu le désert. Au centre d'abord, les personnalités comme JC Lagarde ou H. Morin manquent cruellement de notoriété (même si le premier a un fort charisme). De plus, si JC Lagarde n'hésite pas à assumer une ligne indépendante de l'UMP, Hervé Morin, Ministre de la défense, semble très inféodé à Sarkozy. Je doute fort d'une candidature centriste aux prochaines élections (et c'est fort dommage).

Au final, deux personnalités se dégagent: Dominique de Villepin et François Fillon. Eux seuls auraient, à mon avis, l'autorité et la notoriété suffisantes pour se présenter. Le sort du premier est suspendu à l'issue du procès clearstream et il devra combler son déficit d'image suite au CPE. Quant au second, il a toutes les cartes en main: les députés de la majorité l'apprécient, il a des convictions solides et - je pense - une réelle volonté de porter des réformes nécessaires, il a une image de compétence et de sobriété (loin de l'agitation permanente de son supérieur), et dans la période actuelle, c'est peut-être ce dont nous avons besoin. Mais osera-t-il se lancer? D'ailleurs Sarkozy a très bien senti le danger car il le garde à Matignon.

Les grandes manoeuvres vont bientôt commencer mais une chose est certaine, rien n'est gagné pour Sarkozy qui vient de perdre 6 points dans sa cote de confiance.

Parfois, je me demande si une bonne cure d'opposition ne serait pas le mieux pour libérer la droite du sarkozysme.

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Lundi 5 octobre 2009

Le gouvernement travaille actuellement sur deux mesures économiques: la réforme de la taxe professionnelle et l'aide aux fonds propres des entreprises (cette mesure devant être précisée aujourd'hui). Hélas, une fois de plus, ces mesures semblent ne pas aller dans le bon sens.

En France, nos entreprises peinent à dégager des fonds propres. Nous accusons un sérieux retard par rapport à nos voisins (Allemagne et Royaume-Uni) dont les entreprises dégagent davantage de marges qui les rendent plus compétitive. Les origines de ce problème sont multiples mais les contraintes fiscales et sociales spécifiques à notre pays y sont pour une grande part. En outre, on pourrait se consoler en se disant que les prélèvements obligatoires supérieurs servent à financer de meilleurs services publics bénéficiant en retour à nos entreprises, mais tel n'est pas le cas. Contrairement à une idée reçue, nous dépensons plus dans le secteur public pour un résultat inférieur ou égal à nos voisins.

Dans cette perspective, on pourrait se dire que tout geste en direction des entreprises serait le bienvenu. Encore faut-il qu'il soit intelligent...

Prenons la taxe professionnelle (TP). On parle souvent de l'impôt sur les sociétés (IS) ou des charges sociales mais la TP pèse aussi très lourdement sur les résultats des entreprises. L'assiette de la TP est multiple (et a fait l'objet de réformes successives). L'objet affiché de la réforme est de "garder nos usines en France". La réforme est donc entièrement tournée vers l'outil industriel et consiste à exclure de la base imposable la valeur locative des équipements et biens mobiliers (concrètement les machines). En revanche, la TP restera a priori assise sur la valeur locative foncière et sur la valeur ajoutée. Autrement dit, les entreprises de services (qui représentent 70% de l'emploi en France) ne bénéficieront aucunement de la réforme.

Pire! La TP sert au financement des collectivités locales. Compte-tenu des règles financières qui leur sont applicables, ces collectivités ne peuvent avoir de déficits et pourront être tentées de compenser la réduction de l'assiette par une augmentation des taux. A cet égard, personne ne sait aujourd'hui chiffrer le coût de cette réforme, le gouvernement tentant de minimiser son impact à €8 milliards alors que l'association des maires de France parle plutôt de 28 milliards.

Et, c'est alors que le génie administratif français se met en marche. L'Etat propose de mettre en oeuvre des taxes de substitutions aux mécanismes encore plus compliqués comme la fameuse "taxe carbone". On a même proposé de relever la part de l'assiette sur la valeur ajoutée: et la boucle est bouclée.

Quant aux mesures en direction des fonds propres (sous réserve de ce qui sera annoncé) c'est une fois de plus s'attaquer au symptome (fragilité financière des entreprises) en aggravant les causes (dépenses publiques excessives devant être financées par l'impôt).

L'ennui, c'est que les élections ne se gagnent pas en baissant l'impôt sur les sociétés et certains préfèrent les mesures médiatiques immédiates qui donnent généralement un meilleurs retour sur investissement électoral.

 

- Publié dans : Economie - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Mercredi 9 septembre 2009
A en croire les médias et le gouvernement, l'enjeu du dernier sommet du G20 était l'imposition de nouvelles règles pour limiter les bonus des traders. Il y aurait beaucoup à dire sur les niveaux de rémunérations des traders et sur l'opportunité ou non d'y apporter des limites. Au demeurant, à une époque ou les nostalgiques de la vieille gauche parlent du "retour de Marx", la rémunération des traders est un exemple cinglant et paradoxal de victoire du travail sur le capital. Mais il ne semble pas contestable que, quelle que puisse être la décision finale sur cette question, elle ne changera en rien l'avenir de l'économie mondial et ne changera pas vraiment le risque que la dernière crise se reproduise. En réalité, les bonus sont plus un symptôme qu'une cause du mal.

Après ce G20, la presse française parle d'avancées et de compromis sur cette question "centrale"... Au passage, lorsque l'on regarde dans le détail, ces "avancées" sont proches d'une tempête dans un verre d'eau. Ce qui est effrayant, c'est que l'on a à peine entendu parler d'un débat de ce G20 beaucoup plus fondamental (et sérieux) qui est celui de la capitalisation des banques. Et pour le coup, les prises de positions ne sont pas celles que l'on aurait pu imaginer.

Un certain nombre de pays menés par le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont favorables à un renforcement des exigences de capitalisation pour que les banques soient financièrement plus solides. Ces pays souhaitent obliger les banques à constituer un capital plus solide non seulement quantitativement mais également qualitativement (en imposant des ratios equity/assets plus exigeants). L'Allemagne et la France, si elles ne s'opposent pas au principe d'un renforcement de la capitalisation des banques, entendent limiter cette exigence, craignant notamment que leurs banques aient des difficultés à lever les fonds. En définitive, la position anglo-américaine semble prévaloir.

Ce débat sur la capitalisation des banques est loin d'être simple mais il est fondamental car il porte sur la gestion des risques. En effet, un des principaux problèmes de notre système financier a été celui de la gestion des risques. Les obligations de capitalisations sont une des clés permettant de limiter les prises de risques excessives (avec le risque de trop limiter ce qui aurait pour conséquence d'asphyxier l'économie). Mais je ne suis pas persuadé que ce type de mesures soient suffisantes.

La titrisation est un formidable instrument de répartition de risques complexes mais la gestion de tels risques est un métier que les banquiers ne semblent pas toujours maîtriser. Les banquiers pourraient tirer des leçons de l'expériences des assureurs qui ont, en leur temps, connu un certains nombres de crises qu'ils ont finalement résolues (sans le soutien de l'argent public faut-il le rappeler). Certes, le monde de l'assurance a été touché et de manière retentissante avec la faillite d'AIG, mais les assureurs n'intervenaient qu'en bout de chaîne, à un stade où ils pouvaient légitimement s'attendre à ce que la maîtrise des risques ait été analysée par les banquiers. Tout n'est pas merveilleux sur le marché de l'assurance, mais certains banquiers seraient bien inspirés d'aller y apprendre des choses avant de souscrire n'importe quels risques.

Enfin, pendant ce temps, notre président cherche à redorer son image en tapant sur les traders et leurs bonus ce qui est plus payant (sans mauvais jeu de mots) pour 2012.


- Publié dans : Economie - Communauté : Pour un libéralisme humaniste
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